Politique

Fillon condamné : Retailleau évoque un homme « solide » mais « profondément touché »

Élections, convention climat, décentralisation… Lundi soir sur le plateau d‘Audition publique, le président du groupe LR au Sénat a réagi sur plusieurs sujets de l’actualité. Il a voulu rappeler aussi les « doutes » pesant sur l’impartialité de la justice dans le cadre de l’affaire Fillon.

« C’est une période extrêmement difficile. Je l’ai eu au téléphone dans l’après-midi. C’est un homme solide mais croyez-moi, il est profondément touché ». Bruno Retailleau parle de l’ancien premier ministre quelques heures seulement après une lourde décision rendue par le tribunal correctionnel de Paris. Cinq ans de prison dont deux fermes, 375 000 euros d’amende, dix ans d’inéligibilité… Les avocats de l’ancien candidat à la présidentielle ont fait appel mais pour Retailleau, le jugement est « très très lourd » et la décision « extrêmement sévère ».

Le sénateur de la Vendée a immédiatement rappelé les révélations récentes faites sous serment par Mme Houlette devant une commission d’enquête de l’Assemblée portant sur l’indépendance de la justice. L’ex-patronne du Parquet national financier y avait reconnu l’existence de pressions durant l’enquête judiciaire sur François Fillon. « Il fallait le mettre en examen… Il fallait que le calendrier judiciaire puisse briser cette candidature à la présidentielle », estime Retailleau en jugeant cela « proprement stupéfiant et absolument inédit ». Le parlementaire dénonce une « piraterie judiciaire » et une « enquête de contrebande ». Refusant de s’exprimer sur les bénéficiaires éventuels de telles manœuvres, l’élu pointe les univers politique et judiciaire. « En tout cas, il y a une forme de politisation inquiétante et un doute jeté sur la justice », poursuit-il.

Un «climat de défiance»

À ces dangers, Bruno Retailleau veut associer le « climat de défiance » révélé, selon lui, par la forte abstention du second tour des municipales. « Il y a un vrai problème, un vrai souci démocratique ». Il considère le jugement visant François Fillon comme non définitif mais à ses yeux, la démocratie a été « faussée » et « il y a des doutes sur l’impartialité de la justice ».

Le sénateur pense aussi que le député Ciotti a « raison » de poser le problème en réclamant la suppression du PNF. Car pour Retailleau, ce parquet « mal né » avait eu « l’apparence de la vraie bonne réponse » pour cacher une « machine de guerre » au service du pouvoir. « La question n’est pas l’indépendance mais l’impartialité », juge le président de Force républicaine, ajoutant : « On ne peut pas fermer les yeux quand il y a des dysfonctionnements graves avérés ».

Les deux perdants des municipales

Au chapitre des municipales, l’invité observe le niveau de l’abstention comme le révélateur d’un « malaise », voire « d’une impasse démocratique ». Mais selon lui, les deux « perdants » de ce rendez-vous électoral sont le parti présidentiel et le Rassemblement national. « Or, c’est précisément cette affiche-là, ce duel que l’on voudrait nous imposer pour les présidentielles », dénonce-t-il. Et si cette « fatigue démocratique » vient de loin, Retailleau considère que Macron l’a « accélérée », de l’impuissance de l’État constatée dans la crise du Covid aux récentes émeutes communautaires et urbaines de Dijon.

Concernant les résultats, Retailleau rappelle que Les Républicains ont gagné 60% des villes de plus de 30 000 habitants. Mais appelant chacun à ne pas « fanfaronner », il reconnaît une difficulté pour LR face à l’électorat urbain. « On doit pouvoir trouver des réponses d’écologie de droite », dit-il, croyant pouvoir transposer l’expérience des maires dans ce domaine (circuits courts, tri sélectif…) au niveau national. « L’écologie de droite ne doit pas être une nouvelle religion, ni une idéologie », a-t-il prévenu. Il prône la confiance en la science.

Pour autant, l’élu qualifie de « gadget » la convention citoyenne sur le climat voulue par Emmanuel Macron. Tirer au sort 150 personnes pour représenter les Français constitue, selon lui, une « régression démocratique » dans la mesure où cela instaure une « démocratie du hasard » conçue pour être un contre-modèle de la démocratie représentative. Concernant l’intégration du réchauffement climatique dès l’article 1 de la Constitution, le sénateur attend de voir la manière dont le texte sera rédigé.

Pas d’impact sur la majorité sénatoriale

Interrogé sur l’avenir d’une majorité de droite au Sénat, Bruno Retailleau pense que les municipales ne « bouleversent pas » la situation actuelle et peuvent même la conforter. Favorable à la candidature de Gérard Larcher à sa propre succession à la présidence de la Chambre haute, le sénateur loue les qualités d’un élu qui « connaît la France dans ses profondeurs.» « Avec lui, le Sénat a retrouvé une place au cœur du débat public », salue-t-il encore.

Quant aux projets du ministre Sébastien Lecornu censé être à la manœuvre pour constituer une force macroniste au sein de l’assemblée sénatoriale, Retailleau en sourit : « Je lui souhaite bien du courage ». Il considère cette tentative comme un aveu et une manière de se livrer à du « débauchage » quand on ne peut pas gagner « dans l’urne ».

Macron: «J’ai vu quelqu’un qui ne changeait pas»

Si certains LR comme Guillaume Larrivé, Geoffroy Didier ou Damien Abad sont parfois soupçonnés d’être attirés par le pouvoir, Bruno Retailleau balaye toutes ces hypothèses qui renvoient à une simple affaire de « casting » relevant d’un seul homme : Emmanuel Macron fera toujours « sa propre politique », assure le parlementaire. Évoquant le déjeuner de la semaine dernière à l’Élysée en présence des présidents de groupes, le président des Républicains ne voit pas d’évolution de comportement chez le chef de l’État. « J’ai vu quelqu’un qui ne changeait pas, immuable, sûr et fier de lui, s’étonnant à chaque instant de sa propre intelligence », critique-t-il. Pour lui, la promesse de réinvention est « une invention d’Emmanuel Macron ».

Ne pas bidouiller le calendrier électoral

L’invité politique s’oppose vivement à l’idée d’un report du calendrier électoral de presque dix-huit mois. Qualifiant ce projet de « magouilles », Retailleau s’interroge, agacé : « Comment un chef d’État peut-il proposer ce genre de solution qui consiste à abîmer la démocratie ? On ne peut pas bidouiller un calendrier électoral en fonction de ses intérêts personnels».

Enfin, si Bruno Retailleau croit prématuré de parler de la présidentielle aujourd’hui, il estime cependant qu’une primaire serait le meilleur système pour dégager un bon candidat de la droite et du centre, qu’il vienne de l’intérieur ou de l’extérieur des Républicains. D’ailleurs, le sénateur n’écarte pas la piste de sa propre candidature. « Il peut y avoir moi, il peut peut-être y en avoir d’autres », admet-il, simplement.

Source: lefigaro.fr

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