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L’épopée cauchemar de Rohingya abandonnés en mer


Un bateau de Rohingya découvert par des pêcheurs au large de la mer d’Aceh, en Indonésie, le 24 juin.

Quand leur réserve d’eau potable fut épuisée, ils commencèrent à boire leur urine. Quand ils eurent consommé tout le riz et les autres aliments qu’ils avaient emportés à leur départ du Bangladesh, certains commencèrent à mourir. Alors, durant des jours, des semaines et des mois, ils dérivèrent en pleine mer sur un petit bateau sans capitaine. Ils ne savaient plus où ils étaient. Ils flottaient quelque part entre la côte birmane et l’île indonésienne de Sumatra, mais n’en avaient aucune idée.

Parfois, ils réussissaient à pêcher des poissons, mais ça ne suffisait pas à calmer leur faim. Au fur et à mesure que certains d’entre eux succombaient aux privations, les survivants du vaisseau fantôme passèrent par-dessus bord une quinzaine de cadavres. A leur arrivée sur la terre ferme, ils étaient 15 hommes, 53 femmes, 27 enfants et un bébé à avoir survécu.

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Cette épopée de cauchemar, qui dura les quatre mois où ils furent bloqués en mer, et s’est terminée mercredi 24 juin au large des côtes de la province d’Aceh, en Indonésie, n’est certes pas la première tragédie vécue par les Rohingya, cette minorité musulmane de la province birmane de l’Arakan. Surtout depuis que, en 2016 puis en 2017, ils ont dû fuir l’extraordinaire violence d’opérations de « nettoyage » lancées à leur encontre par l’armée du Myanmar, nom officiel de leur pays d’originie. Ils sont désormais plus de sept cent mille entassés dans des camps de réfugiés situés près de Cox’s bazar, au sud du Bangladesh.

Livrés à eux-mêmes

Depuis trois ans, des milliers d’entre eux s’efforcent de fuir les camps, espérant, après avoir acheté des places coûteuses sur des rafiots de fortune à des passeurs sans scrupule, pouvoir gagner un pays incarnant pour eux l’eldorado : la Malaisie, où de nombreux Rohingya sont installés depuis des années.

Et si cette épopée cauchemar n’est pas la première, la teneur des témoignages recueillis en fin de semaine dernière à leur arrivée illustre, une fois encore, le caractère inouï de l’errance sans fin de ces parias. Ainsi que, peut-être, la reprise en masse d’un exode qui avait semblé se tarir.

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« Ils ont dû changer de bateau en route, passant sans doute d’un grand navire mère à un plus petit avant que, m’a raconté l’un d’entre eux, ils soient tout simplement abandonnés en mer, à la dérive », explique Rima Shah Putra, responsable pour la province d’Aceh de l’ONG malaisienne Fondation Geutanyoe. L’un des survivants, Karim, qui est le seul à parler malais, langue véhiculaire de l’Indonésie, a décrit par le menu à Rima – lui-même joint par Le Monde au téléphone dans la ville de Lhokseumawe, au nord de Sumatra –, l’horreur du voyage.

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Source: lemonde.fr

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