International

« Le Canada a perdu sa voix sur la scène internationale »

Tribune. En échouant, le mercredi 17 juin, à se faire élire comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, le Canada de Justin Trudeau a subi un cuisant revers diplomatique. Pour la deuxième fois en dix ans, la diplomatie canadienne a été incapable de convaincre les membres de l’Assemblée générale que le Canada méritait une place au sein de cette instance onusienne. Que s’est-il passé ?

Le Canada s’est longtemps illustré dans le monde en proposant des initiatives audacieuses dont l’effet a été de lui forger une réputation de « bon citoyen » international. Ainsi, lors de la crise de Suez de 1956 opposant l’Égypte à Israël, la France et le Royaume-Uni, le ministre canadien des Affaires étrangères, Lester Bowles Pearson, a fait adopter par l’ONU le déploiement d’une force d’interposition entre les belligérants, créant du même coup les fameux Casques bleus.

En 1957, Pearson a reçu le prix Nobel de la paix pour son initiative. Plus près de nous, dans les années 1980, le Canada a mené la bataille contre l’apartheid en Afrique du Sud en dépit des tensions suscitées par cet engagement avec l’Américain Ronald Reagan et la Britannique Margaret Thatcher.

Déconstruction de l’identité « libérale » de la politique étrangère canadienne

Dans les années 1990, le Canada s’est fait le champion d’un nouveau concept, la « sécurité humaine », qui a élargi la notion de sécurité afin de prendre en compte celle des individus. Cette initiative ne venait pas seulement enrichir le corpus théorique en relations internationales, mais a trouvé une application concrète avec la signature en 1997 de la Convention d’Ottawa sur l’interdiction des mines antipersonnel et la création en 1998 de la Cour pénale internationale.

La sécurité des individus était aussi au cœur de la Responsabilité de protéger, un concept développé par une commission internationale financée par le Canada et qui sera adoptée par l’ONU en 2005. Cet activisme sur la scène internationale a mis de l’avant une diplomatie de l’espoir. Cela a renforcé l’identité du Canada comme champion du soft power et lui a permis d’être facilement élu au Conseil de sécurité tous les dix ans et de siéger six fois entre 1948 et 2000.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Justin Trudeau peine à hisser le Canada sur la scène internationale

Vues sous cet angle, les options de politique étrangère mises en œuvre par le gouvernement conservateur de Stephen Harper (2006-2015) ont marqué une rupture brutale avec le passé et désorienté les partenaires traditionnels du Canada. Harper, un homme aux convictions bien trempées, s’est acharné à déconstruire l’identité « libérale » de la politique étrangère canadienne pour faire du Canada un adepte du hard power.

Il vous reste 47.3% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Source: lemonde.fr

Bouton retour en haut de la page
Fermer
Fermer