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La Colombie secouée par plusieurs affaires de violences sexuelles


A Bogota, le 26 juin, des femmes de la communauté indienne des Embera manifestent contre l’armée colombienne, après que sept soldats ont reconnu avoir abusé sexuellement d’une fillette de leur communauté.

Un viol atroce à la campagne, un directeur de cinéma sur la sellette à la ville : les faits, très loin l’un de l’autre dans le champ social, relancent la question des violences sexuelles faites aux femmes en Colombie. Au cœur des Andes, dans le département central du Risaralda, sept soldats ont, le 22 juin, violé une fillette de 13 ans de la communauté indienne des Embera. A Bogota, le milieu artistique est secoué par les accusations d’agressions et de viol qui pèsent contre Ciro Guerra, le plus célèbre des cinéastes du pays. « L’armée et l’audiovisuel sont deux mondes où les violences sont fréquentes et tolérées », souligne Monica Hernandez, militante du collectif féministe Rec Sisters.

Les chiffres confirment l’ampleur et la gravité des violences exercées, bien que le nombre de féminicides ait diminué pendant le confinement : 152 femmes ont été assassinées entre le 25 mars et le 16 juin (contre 205 sur la même période en 2019). Entre janvier et mai, 6 479 examens ont été réalisés par les services de Médecine légale à des mineurs – qui sont des filles, dans l’immense majorité des cas – après des plaintes pour délits sexuels.

La fillette victime du viol collectif vit à Santa Cecilia, un hameau perdu au cœur des Andes. Le Bataillon San Mateo où les sept jeunes entre 18 et 22 ans effectuaient leur service militaire n’est pas loin. « Lundi, ma sœur est partie chercher des goyaves vers 17 heures, a raconté à la radio le frère aîné de la victime. Elle n’est pas rentrée. On l’a cherchée partout et retrouvée le lendemain dans le champ. »

« Machisme et racisme »

L’Organisation nationale indigène de Colombie a dénoncé le viol mercredi 24 juin au matin. Le gouverneur de la réserve Gito Dokabu du peuple Embera, Juan de Dios Queragama, a demandé aux autorités que les coupables soient livrés à la justice. Arrêtés jeudi, les jeunes appelés ont reconnu les faits. Ils ont été reclus dans une garnison militaire, en attendant leur condamnation. L’indignation est vive, les réactions nombreuses.

Dans un communiqué, le défenseur des droits rappelé que « la violence sexuelle exercée par les membres de la force publique auxquels ont été confiées les armes de l’Etat constituait une grave violation des droits humains ». L’armée se retrouve une fois de plus sur le banc des accusés.

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Pour la Commission de la vérité, le viol brutal « qui assaille la dignité de l’enfant, de la femme et du peuple Embera » soulève « la question de la morale au sein des forces armées ». Chargée de faire la lumière sur les crimes commis pendant le long conflit armé qu’a connu le pays, la Commission appelle à « reconnaître la vérité du machisme et du racisme ». Dans les régions rurales de Colombie, les adolescentes des communautés indiennes et afro-descendantes payent un lourd tribut au conflit que s’y livrent militaires, guérilleros et mafieux.

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Source: lemonde.fr

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