France

« Pas la tête à voter », « grève civique »: comment expliquer l’abstention record aux municipales?

Si l’abstention déplorée lors du premier tour des municipales pouvait s’expliquer par les risques liés à l’épidémie de coronavirus, celle – inédite – constatée ce dimanche interroge particulièrement.

En « grève civique » ou simplement « pas la tête à voter » avec la crise sanitaire, les Français se sont massivement abstenus dimanche lors du second tour des municipales, au grand dam des politiques qui déplorent une « défiance » croissante. Quelque 16,5 millions d’électeurs étaient appelés à voter dimanche dans 4820 communes. Or 60% environ se sont abstenus, un niveau inédit dans ce type de scrutin.

Pour le politologue Gérard Grunberg, « toutes les conditions étaient réunies pour qu’il n’y ait pas de participation: pas d’enjeu national, pas de campagne, beaucoup de temps écoulé entre les deux tours », le second étant reprogrammé plus de trois mois après le premier, tenu le 15 mars au début de l’épidémie de coronavirus.

« Les Français n’avaient pas la tête à ça », d’autant que les inquiétudes économiques restent vives et qu' »il n’y pas eu de montée en puissance de la campagne qui est restée de basse intensité », abonde Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop.

Un scrutin local qui intéresse normalement plus que les autres

Certains appellent aussi à la prudence dans l’analyse: le scrutin concernait surtout les grandes villes, où « on vote habituellement un peu moins que dans les petites et moyennes villes », note Stewart Chau, consultant politique chez ViaVoice.

Reste qu’à 60%, l’abstention a dépassé le score déjà historique de 55,3% atteint au premier tour de ce scrutin local qui intéresse pourtant davantage les Français d’habitude que d’autres élections. La crise sanitaire, certes, a pu en dissuader certains, même si selon Stewart Chau, le risque était en fait plus limité au deuxième qu’au premier tour.

« Le levier d’analyse le plus pertinent » est selon lui la « défiance et la remise en question du système démocratique » observées depuis plusieurs années.

Dès dimanche soir Emmanuel Macron a dit « sa préoccupation » face à un niveau d’abstention qui n’est « pas une très bonne nouvelle ». Le président LR du Sénat Gérard Larcher s’inquiète d’un « mal plus profond et plus ancien ». « Crise après crise, notre pays se fracture, la défiance s’installe », constate-t-il. « L’abstention doit nous interroger », estime le délégué général de LaREM Stanislas Guerini, en pointant « un problème de défiance profond dans la vie politique. C’est un défi que nous devons encore relever ».

27% d’abstention en 1989

A titre de comparaison, l’abstention avait atteint 37,9% au second tour des municipales de 2014 et 34,8% en 2008. Elle n’était que de 27% en 1989…

Cette progression survient alors que, dans le sillage des gilets jaunes, les idées de consultation et de référendum reviennent en force dans le débat. Mais « à quoi ça sert si on ne participe pas aux élections locales? », demande le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau. Pour lui « cette impasse démocratique est aussi le fait qu’il y a une forme de désespérance des Français, ils n’ont plus confiance dans l’action publique ».

Jean-Luc Mélenchon, le chef de file des Insoumis, avertit « d’une grève civique », voire « d’une forme d’insurrection froide contre toutes les institutions du pays ». Et « c’est donc un moment compliqué, dangereux, de la vie de la nation qui se présente devant nous », estime-t-il.

L’abstention, premier parti lors des dernières législatives et européennes

Pour Frédéric Dabi, « beaucoup de Français ont le sentiment que voter ne change pas sa vie, sa situation personnelle, ce qui est le contraire du rapport entre les citoyens et la politique qui est là pour transformer le quotidien ».

« Il y a un cycle abstentionniste qui touche toutes les élections en France », affirme-t-il, en rappelant qu' »aux législatives de 2017, aux européennes de 2019 et à ces municipales le premier parti a été l’abstention ». Et pour lui « le vrai test sera l’élection présidentielle » de 2022.

En attendant, les politiques ont avancé quelques pistes de réflexion. « La classe politique doit changer », dit Bruno Retailleau, en déplorant aussi « un individualisme qui est en train de tuer la dimension collective de la politique ».

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Pour le député La France Insoumise Ugo Bernalicis, la Ve République « est devenue une démocratie censitaire » et « la VIème République est plus que jamais nécessaire ». Car plus que les abstentionnistes « c’est notre système qu’il faut questionner », affirme-t-il.

Jé. M. avec AFP

Source: bfmtv.com

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